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5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 07:45

Lors des municipales de 2008, la liste Aix Avenir appelait les aixois à donner une « respiration démocratique » à leur ville. Ils n’ont pas fait ce choix. Qu’en sera-t-il en 2014 ? Vous trouvez peut-être qu’il est un peu tôt pour évoquer les élections municipales de 2014. Rien n’est moins sûr. Car si les alliances électoralistes se concluent souvent dans la précipitation à quelques mois voire semaines d’un scrutin, c’est dans la durée que se construisent les vrais projets communs.

 

2008 : la vraie-fausse ouverture de Dord

Pour les dernières élections de 2008, Dominique Dord avait choisi de pratiquer l’ouverture. Mais une ouverture en trompe l’œil. L’alliance passée avec les centristes du Modem, emmenés à Aix par Marina Ferrari, n’avait rien d’une ouverture politique. Elle s’inscrivait parfaitement bien en revanche dans une double visée politicienne. D’une part priver la liste de Gratien Ferrari de la présence des dits centristes, qui y auraient pourtant été bien plus à leur place. D’autre part permettre la conclusion d’un accord électoral plus général entre le Modem et l’UMP. Accord qui, en échange de l’allégeance des modemistes aixois à l’UMPiste Dord, permettait à Patrick Mignola (alors président du Modem de Savoie), d’avoir le champ libre à La Ravoire. Les bons comptes font les bons amis … et les électeurs cocus.

 

Quant à l’ouverture à gauche, elle avait de quoi faire sourire jaune. Avec le débauchage du renégat Daviet qui, quelques semaines seulement avant de retourner sa veste, déclarait encore à la presse qu’il était hors de question pour lui de figurer sur la liste de Dord parce que, on cite, « le problème c’est qu’il est de droite » (lire par ailleurs Souvenirs, souvenirs (2) – Georges Daviet refuse de figurer sur la liste de Dord). Au final, on a vu ce que donnait la soit disant ouverture : à tous les postes clés, qu’il s’agisse des fonctions d’adjoints, ou des fonctions administratives, Dord a placé des proches et des fidèles. Tous UMPistes pur jus.

 

D’ailleurs, malgré le titre ronflant du DL qui, au lendemain des élections de 2008, titrait sur le « plébiscite » en faveur de Dord, les électeurs ne sont pas laissés prendre. Et en guise de plébiscite, la liste de Dord n’a obtenu que 35% des voix des électeurs inscrits. Pour une liste prétendument d’ouverture, et qui aspirait à réunir sous son aile les aixois de tous bords et de tous âges, l’échec a été patent.

 

 

Un maire parachutiste qui vient faire carrière à Aix

Si les aixois ne se sont pas laissés prendre au beau discours de Dord en 2008, c’est sans doute parce qu’ils ne sont pas aussi bêtes qu’on pourrait le penser. Ils ont su, pour une grande majorité des électeurs (65% !), tirer les leçons du premier mandat. Ils ont bien compris que si en 2001, Dord était venu se faire élire dans la cité thermale, c’était parce qu’il n’osait pas prendre le risque d’un nouvel échec à Chambéry, où il avait été défait en 1995. Aix les Bains, bastion traditionnel de la droite, se présentait comme une cible bien plus facile à conquérir. D’autant que les édiles locaux  de droite s'y livraient une guerre fratricide. La porte était grande ouverte, Dord s’y est engouffré. Point final. Si cette porte avait été ouverte à Chambéry plutôt qu’à Aix les Bains, Dord serait allé à Chambéry.

 

Ce qu’une majorité des aixois a aussi très bien compris, c’est qu’avoir un maire qui est aussi député n’est pas un atout. Cela s’est encore plus vérifié depuis 2008. La maternité, les thermes, le tribunal … autant de services publics qui ferment leurs portes sans que le maire ni le député n’y change quoi que ce soit. A contrario, un maire qui est aussi député, c’est avant tout un maire à mi-temps. Un maire qui, quand il est présent, doit consacrer beaucoup du peu de temps qui lui reste à la représentation. Une espèce d’intermittent du spectacle en quelque sorte. Mais le mieux payé du monde ! Et avec un régime d’indemnisation chômage à faire pâlir d’envie n’importe quelle personne inscrite à l’ANPE.

 

 

2014 : on prend les mêmes et on recommence ?

Comme évoqué en début d’article, vous trouvez peut-être qu’il est trop tôt pour commencer à parler des élections municipales de 2014. Pourtant Dord a déjà commencé à le faire. Dans sa récente interview à l’Essor Savoyard, il évoque sa très probable candidature à sa propre succession en 2014. Une annonce qui sent le « marquage de territoire » à plein nez. Une façon comme une autre de mettre la pression sur les membres de sa liste qui pourraient avoir quelques velléités sécessionnistes, voire « putschistes ». Dord sentirait-il que son premier adjoint aurait justement ce genre de velléités ? En tout cas, il ne se prive pas de le « cadrer ». En affirmant par exemple que pour l’instant, Renaud Beretti « apprend son métier » (sic). Petite phrase assassine genre moi je suis un pro, et lui n’est encore qu’un débutant sans expérience, qui n’a pas l’étoffe pour me piquer ma place. Mais comme deux précautions valent mieux qu’une, Dord a déjà casé son premier adjoint pour 2014. Il le verrait bien élu conseiller territorial. Vous savez, ces élus qui dans 3 ans prendront la place à la fois des conseillers régionaux et des conseillers généraux. Bref des élus qui, devant déjà siéger et bosser pour deux assemblées, auront d’autres chats à fouetter que de venir faire de la concurrence à de petits potentats locaux jaloux de leurs prérogatives.

 

On voit par là que se profile à l’horizon 2014 la candidature de Dord, débarrassé par avance de toute forme de concurrence interne. Pas sûr que cette fois cela ne provoque pas chez les aixois une réaction de rejet. Car s’ils ont déjà été échaudés par son cumul de député-maire de 2001 à 2008, qu’en sera-t-il après 6 années de cumul de député-maire-président (de la CALB) ? Comme en parallèle les aixois sont de plus en plus nombreux à se rendre compte que celui qui tient la baraque, ce n’est pas le maire mais son premier adjoint. Un premier adjoint qui est lui présent tout au long de la semaine. Qui connaît bien la ville pour l’arpenter régulièrement. Un premier adjoint qui, de surcroit, n’est pas un parachuté politique. Un élu ancré dans sa ville. Un élu qui préside par ailleurs l’UPA, association de soutien à la politique de … Renaud Beretti (comme c’est écrit sur la page Facebook de la dite association, lire par ailleurs).

 

Bref, un élu qui pourrait bien séduire les aixois, non plus seulement en tant que premier adjoint, mais bien en tant que maire. Et quelque chose nous dit qu’entre une « carrière politique » de conseiller territorial qui le tiendrait la plupart du temps éloigné de sa ville (avec lui, pas besoin de guillemets à sa), et une fonction de maire d’Aix les Bains, Renaud Beretti n’hésiterait sûrement pas très longtemps. La place de maire lui tend presque les bras. A ceci près que Dord ne semble pas vraiment prêt à la lâcher. Mais pèserait-il lourd dans la balance face à un Beretti appuyé par l’UPA ? Sûrement pas. Encore moins si Beretti sait construire d’ici là un vrai projet d’ouverture. Pas une ouverture en trompe l’œil à la Dord : non, une ouverture franche, avec une juste répartition des postes à responsabilité. Une sorte d’alternance qui viendrait du cœur même du système en place : avouez que ça ne manquerait pas de panache ! Et surtout, ça permettrait à Aix les Bains de retrouver enfin un maire à plein temps : parce qu’elle le vaut bien, comme on dit chez Loréal …

 

Reste à savoir si Renaud Beretti serait prêt à « trahir » celui qui l’a porté sur les fonds baptismaux de la politique. Et là, une chose est sûre : il peut le faire sans états d’âme. Il peut même demander conseil sur le sujet à son mentor. Lequel n’a pas du hésité très longtemps avant de reléguer Gratien Ferrari aux oubliettes, le faisant passer du statut de mentor à celui de « papy râleur procédurier et revanchard ».

 

 

 

LE MOT DE LA FIN

Le mot de la fin est en forme de question. La fonction de conseiller territorial sera-t-elle oui ou non incompatible avec une fonction d’élu municipal ? Aujourd’hui, c’est le cas. Un élu ne peut cumuler plus de 3 mandats locaux. Il peut donc être élu municipal et régional, élu municipal et départemental, élu régional et département, mais pas les 3 à la fois. Dans 3 ans, avec la transformation des fonctions régionale et départementale en une seule, ce qui est incompatible aujourd’hui risque de ne plus l’être. Et on pourrait voir des élus locaux cumulards siéger dans trois assemblées différentes.

 

Dans le privé on a l’habitude de dire « travail à mi-temps, travail à moitié fait ». Une expression qui s’applique aussi aux cumulards politiques. Faudra-t-il tout spécialement pour certains d'entre eux inventer une nouvelle formule : « travail à tiers-temps, travail à tiers fait » ? Remarquez, pour Dord, qui cumule les fonctions de député, de maire et de président de l'agglo, c'est déjà fait !

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