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2 novembre 2008 7 02 /11 /novembre /2008 03:54
Cinq sociétés du groupe Cervin Enr, distributeur et installateur de solutions solaires dont le siège français est à Savoie Technolac, ont été mises en redressement judiciaire le 6 octobre dernier. Le groupe devrait néanmoins poursuivre son activité grâce à une recapitalisation opérée par les actionnaires.

Les faits
Filiale du groupe espagnol Carlit, le groupe Cervin Enr a été fondé en 2005 à Perpignan, et a installé son siège français à Savoie Technolac en janvier 2006.

Un groupe à la structure complexe. Pas moins de dix entités le composent :

  • Cervin Enr (la société de holding)
  • Cervin Innovations
  • Wattelse (bureau d'études)
  • Cervin Azur Energie
  • Cervin Services
  • Cervin Natual'Immo
  • Cervin Distribution
  • Cervin Formation
  • Cervin Développement 1
  • Guiouiller

On peut légitiment s'interroger sur le pourquoi du comment d'une telle complexité.

Quoi qu'il en soit, le groupe a bouclé son exercice comptable 2007 avec un chiffre d'affaires inférieur de moitié aux prévisions : 7,4 millions d'euros au lieu des 15 millions escomptés. Dans le même temps, le groupe a réalisé des investissements lourds, ceux-là même qui avaient été planifiés compte tenu du prévisionnel de chiffre d'affaires.

Résultat inéluctable : presque 8 millions d'euros de perte pour 2007, plusieurs centaines de clients en attente d'être livrés et installés, une cotation en bourse suspendue depuis plusieurs mois et très certainement un bon tiers des 173 salariés du groupe qui vont passer à la trappe.

Et accessoirement, une certaine valse des dirigeants.

Malgré la mise en redressement judiciaire de cinq des sociétés du groupe (celle soulignées dans la liste ci-dessus), ce dernier devrait pouvoir poursuivre son activité, moyennant un plan social et une recapitalisation à hauteur de 4,5 millions d'euros assurée par les principaux actionnaires, qui se disent confiants en la capacité du groupe à redresser la situation.

Notre point de vue
Il n'est pas question pour nous de nous livrer à une analyse critique de la gestion de Cervin Enr. Pour la bonne et simple raison que nous n'avons pas toutes les cartes en main pour le faire.

Mais cette affaire est l'occasion de s'interroger sur l'éthique qui règne autour du business des énergies renouvelables. Il peut paraitre curieux d'associer les mots éthique et business. Pourtant il y a peu de temps, Nicolas Sarkozy lui-même déclarait que le capitalisme sauvage, c'est fini ! Une autre façon de dire que le monde des affaires doit adopter une vision plus humaniste de ses activités, et arrêter de ne raisonner qu'en termes de profit. Bref, introduire un peu d'éthique dans son mode de fonctionnement.

Et s'il est un secteur de l'industrie et des services duquel les citoyens que nous sommes sont en droit d'attendre ce changement, c'est bien celui des énergies renouvelables.

Parce que le développement des énergies renouvelables est une double nécessité :

  • pour contribuer à la réduction de la pollution engendrée par la surconsommation énergétique des pays développés (le principal restant néanmoins de réduire notre consommation)
  • pour favoriser un développement harmonieux des autres pays, dans le respect de l'environnement

Deux points on ne peut plus éthiques et humanistes.

Pourtant l'industrie des énergies renouvelables est pour sa part bien loin de cette éthique et de cette humanisme. Non, ce que voient nos grands business men dans tout cela, c'est une opportunité de développer leur chiffre d'affaires et de multiplier leurs profits. Et les grands groupes commencent à étendre leurs tentacules sur le secteur, pour y asseoir leur mainmise. Ils ont flairé le marché juteux. Surtout dans les pays occidentaux dont les états subventionnent l'installation de solutions d'énergies renouvelables.

Une vision qui se traduit par deux effets induits, totalement à l'opposé de ce que l'on pouvait espérer.

Premièrement, les subventions tirent les prix vers le haut et donc paradoxalement, ralentissent l'implantation des solutions d'énergies renouvelables. Ou plus exactement, les industriels et les prestataires majorent leurs prix, sachant qu'ils restent acceptables pour le client final parce que celui-ci bénéficiera d'aides.

Sauf qu'à force de tirer sur la corde, certains clients commencent sérieusement à s'interroger sur la réalité des prix pratiqués. Et ils ont bien du mal à comprendre pourquoi le même produit est vendu et installé moins cher dans les pays où les subventions et les aides sont moins élevées.

Des subventions et des aides qui apparaissent dès lors non comme une incitation supplémentaire, mais comme le moyen pour les industriels de gonfler leurs bénéfices grâce à l'argent public.

Deuxièmement, ce système à l'oeuvre dans les pays développés pénalise fortement le développement des énergies renouvelables dans les autres pays. Pour une raison très simple : pourquoi aller vendre un produit 1.000 euros en Afrique, en Asie ou en Amérique du Sud quand on peut vendre le même produit pour 2.000 ou 3.000 euros en Europe ou aux Etats-Unis ?

La réponse à ce pourquoi pourrait être : par éthique. Mais on voit bien que la réponse apportée aujourd'hui n'est pas celle-ci. Mais plutôt, je vends en Europe parce que ça rapporte plus.

A ce titre, le groupe Cervin Enr est exemplaire. Il n'est pas question au sein de ce groupe de visées éthiques ou humanistes. Non, il y est question d'investir un marché qui s'annonce juteux. D'autant plus juteux qu'il est subventionné par les deniers publics. Et tant pis si le groupe doit laisser quelques dizaines de salariés sur le carreau au passage. Tant pis si les clients se retrouvent plantés. Il ne faut surtout pas perdre de vue la perspective future des millions d'euros de bénéfice à engranger.

La fin du capitalisme sauvage ? En êtes-vous bien sûr, Monsieur le Président ?

Parallèle avec les OGM
Il est presque incontournable de faire le parallèle avec le secteur des OGM. Ou des biotechnologies si vous préférez. Des technologies qui, elles aussi, pourraient être au service de tous, pour améliorer les conditions de vie de chacun.

Mais on voit bien que la stratégie des grands groupes de ce secteur n'a elle non plus pas la moindre visée éthique ou humaniste. Prenez Monsanto par exemple, leader mondial des biotechnologies. Ce qui intéresse ses dirigeants, c'est d'imposer au monde entier la culture de leurs semences brevetées, histoire d'encaisser quelques milliards en royalties, et quelques autres milliards issus de la vente annuelle des semences, puisque les cultivateurs ne sont pas autorisés à garder une partie de leur récolte pour replanter.

Et on passe sur les méthodes crapuleuses employées par le groupe pour imposer ses semences (voir l'exemple du Paraguay).

La fin du capitalisme sauvage ? On pourrait presque en rire, si ce n'était pas autant à en pleurer ...

Et tant qu'il se trouvera des élus, des députés, des sénateurs, prêts à accorder plus d'attention aux sollicitations des lobbyistes des multinationales qu'aux attentes des populations, ce n'est pas prêt de changer.
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