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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 07:45

MachinesSous.jpgC'est fin octobre que la concession des jeux d'argent sur Aix les Bains arrive à échéance. Si la société du Cercle est bien évidemment candidate à sa propre succession, au moins un autre candidat serait également sur les rangs. Enjeu de la bataille ? Une histoire de gros sous. Entre 4 et 5 millions d'euros de recettes pour la ville. Et de jolis et juteux bénéfices pour la société délégataire. En 6 ans (2004 à 2009), l'actuelle détentrice de la concession, la SA du Cercle a engrangé près de 11 millions d'euros de bénéfices nets d'impôts. L'année 2010 s'annonçant pour sa part sous les meilleurs auspices, avec des dividendes qui devraient être en augmentation de +30%.

 

C'est dire si, tant pour la ville que pour les candidats, le dossier est d'importance. D'ailleurs, cela fait déjà un petit moment que Paul Burnet, le PDG de la SA du Cercle, a enclenché la machine à communiquer. A chaque fois, c'est pour pleurer misère ! Dame, c'est que la crise touche tout le monde. Et les casinotiers en particulier à ce qu'il parait. Pourtant, quand on regarde les bilans de la SA du Cercle depuis 2004 (date du plus ancien bilan disponible sur internet), on ne trouve pas grand-chose pour nous arracher une larme. 11 millions d'euros de bénéfices nets cumulés en 6 ans. Le bénéfice de 2009, à seulement 1.250.000 euros est certes en recul par rapport à 2008, mais de là à pleurer misère ... il faudrait tout de même voir à ne pas trop pousser mémé dans les machines à sous ! Une précaution dont ne s'embarrasse pas Paul Burnet, le PDG fort en gueule des casinos aixois. Il n'hésite pas à clamer dans la presse qu'on voudrait tuer la poule aux œufs d'or. Mais au fait, qui déguste l'omelette ? A l'évidence, les convives sont rares. Et dans les convives conviés au banquet, on compte plus d'actionnaires du casino que de contribuables aixois de base.

 

PouleOeufsOr.jpgQuoi qu'il en soit, pour Paul Burnet, la situation est inacceptable. La situation, c'est à dire les 15% de prélèvements opérés par la ville sur les produits bruts des jeux (PBJ), et les 600.000 euros que la SA du Cercle doit reverser annuellement à la ville pour contribuer à son animation. Ses conditions n'ont pourtant rien d'une nouveauté. Elles s'appliquent depuis le début de la concession dont bénéficie la SA du Cercle, et qui s'achève en octobre prochain. Qui dit achèvement dit renouvellement. Un renouvellement que Paul Burnet entend bien mettre à profit pour renégocier ces conditions à son avantage.Et pour ça, il n'hésite pas à sortir l'artillerie lourde. Il y a quelques mois de cela, il menaçait (sic) la ville de ne pas faire acte de candidature. Une menace en l'air bien évidemment, juste destinée à faire peur, à donner le change, à leurrer on ne sait qui. Pour quelle obscure raison le PDG de la SA du Cercle pourrait-il bien décider de ne pas faire acte de candidature à sa propre succession, alors qu'il qualifie lui-même l'activité des jeux de poule aux œufs d'or ? Pour aucune raison. D'ailleurs, la menace n'a pas été mise à exécution, et la SA du Cercle est bel et bien candidate pour repartir pour 5, 10 ou 15 ans de délégation des jeux d'argent à Aix les Bains.

 

Mais comme Paul Burnet est un homme consciencieux, il fait ce qu'on s'attend à ce qu'un PDG de casino fasse : il essaye de faire en sorte que les conditions financières de la nouvelle délégation soient plus avantageuse pour sa société. Donc pour ses actionnaires. Dame, il faut bien penser un peu à eux, les pauvres ! Pour ce faire, Paul Burnet n'a pas eu besoin de ressortir l'artillerie lourde. Visiblement, elle a passé l'hiver dehors, prête à resservir à peine le printemps venu. Et le voila donc qui tire une nouvelle salve : il réclame désormais, tenez-vous bien, une baisse de près de 27% du taux des prélèvements sur les PBJ, ainsi que la suppression de la redevance annuelle de 600.000 euros. On vous avait bien dit qu'il n'y allait pas avec le dos de la cuillère. Si ces conditions avaient été appliquées en 2009, la SA du Cercle aurait purement et simplement doublé ses bénéfices nets. Qui de 1,25 millions seraient passés à 2,5 millions d'euros nets. On voit un peu mieux de quoi Paul Burnet veut parler, quand il évoque une poule aux œufs d'or.

 

La municipalité cédera-t-elle à ces revendications ? La municipalité ou plus exactement le maire. Car on sait que sa majorité le suit aveuglément dans toutes ses décisions, quelles qu'elles soient. Cela se pourrait bien. On connait notre maire : souvent fort avec les faibles, et souvent faible devant les puissants. Pourtant, entre reconduire la délégation avec la SA du Cercle en cédant aux revendications de son patron, et confier la dite délégation à une autre société qui elle accepterait de maintenir les conditions financières actuelles, le choix est facile à faire.

 

Certes, il est probable que la ville perdrait dans un premier temps une année de recettes. Le temps que le nouveau délégataire obtienne l'agrément du ministère, mais aussi le temps qu'il installe des locaux pour accueillir les joueurs. Un an de recettes en moins, c'est à dire en gros 4 millions d'euros. Mais ça, c'est une vision à court terme. Or, en l'occurrence et comme souvent, c'est à long terme qu'il faut raisonner. D'ailleurs pas si long que ça. Démonstration.

 

Si la ville accepte les conditions financières exigées par Paul Burnet, elle perd deux choses. Tout d'abord les 600.000 euros de redevance annuelle, versée au titre de la participation à l'animation de la ville. Ensuite, en ramenant le taux des prélèvements sur les PBJ de 15% (taux actuel) à 11% (taux demandé), elle perdrait chaque année plus d'un million d'euros de recettes (sur la base des chiffres actuels). Autrement dit, en acceptant les conditions dictées par la SA du Cercle, la ville éviterait de perdre les 4 millions de recettes d'une année blanche, mais elle perdrait chaque année 1,6 millions d'euros. Sans être un génie des maths ni un grand manitou de la finance, on voit donc qu'au bout de seulement trois ans, la ville perdrait plus en cédant aux quatre volontés de Paul Burnet qu'en concédant les jeux d'argent à un autre exploitant plus ... docile.

 

Après 5 années d'exploitation, ce serait près de 6 millions de recettes en moins dans les caisses de la ville. Après 10 années, le chiffre grimpe à plus de 11 millions. Et après 15 ans (durée de concession que Paul Burnet aimerait bien avoir), on atteint un sommet avec près de 17 millions de manque à gagner pour la ville. Et encore, on raisonne ici en euros constants. Avec l'inflation, on serait très certainement plus proche voir au-delà des 20 millions d'euros de manque à gagner pour la ville.

 

Alors, les jeux d'argent peuvent-ils changer de main à Aix les Bains ? Oui, assurément. A condition de ne pas céder aux exigences d'actionnaires privés qui ne défendent que leurs intérêts. A condition de savoir ne pas se montrer faible face à des puissants qui brandissent des menaces sans avoir toutes les cartes en main. Qui bluffent en quelque sorte.

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commentaires

Steph73 04/04/2011 11:08



Conflit d'intérêt entre ville et casino ?


Pourquoi la ville ne vend-elle pas ses actions ? (proposition défendue entre autres par élus d'Aix Avenir)


pour financer par exemple une médiathèque et d'autres choses utiles aux aixois (salle des fêtes, prix des services comme la cantine moins élevés...)



Vincent 04/04/2011 08:17



Rien qu'en cédant juste sur la redevance annuelle fixe de 600000 euros, sur 15 ans la ville perd 9 millions de recettes.


Un gros problème dans cette histoire c'est que la ville est juge et partie puisqu'elle est aussi actionnaire de la SA du Cercle. Un mélange des genres qui ne peut pas aller sans créer des
difficultés. Bon exemple des liens étroits qui existent entre le monde politique et celui de la finance.



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