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29 mars 2011 2 29 /03 /mars /2011 07:45

ARTE diffusait mardi 22 mars le documentaire « Water Makes Money ». Un reportage édifiant sur les pratiques des grandes multinationales de l’eau, qui se termine sur cette conclusion : de plus de plus de communes dont les élus avaient cédés aux sirènes de la privatisation ont déjà ou sont en train de faire machine arrière. Parmi elles on compte Paris, Grenoble, Toulouse, Marseille, Bordeaux, ou encore Munich. Les municipalités de ces grandes villes seraient-elles donc composées d’élus stupides qui ne comprennent rien à la gestion d’une collectivité publique ?

 

La question mérite d’être posée. Car à en croire les responsables des grandes multinationales de l’eau, les partenariats entre public et privé seraient des partenariats gagnant-gagnant. Autrement dit ce serait « tout bénef » pour tout le monde. Un point de vue que partagent les élus adeptes de ces fameux PPP (partenariat public privé), comme André Santini (que l’on voit dans le documentaire). Ou comme Dominique Dord (que l’on ne voit pas dans le documentaire). Pour autant, on a quand même bien du mal à croire que les maires des villes cités ci-dessus soient tous des crétins incapables de comprendre quoi que ce soit à la gestion de leur ville. Et quand on entend le maire de Munich expliquer posément et avec force arguments que les PPP sont des leurres qui ne profitent pas aux collectivités, on a plutôt tendance à abonder dans son sens.

 

D’autant plus que tout au long du documentaire, les exemples foisonnent pour abonder dans ce même sens. Corruption avérée des élus par les sociétés privées, comme à Montpelier ou à Grenoble (affaire Carignon). Eléments financiers falsifiés ou encore surfacturation, comme à Bordeaux. Où l’agglomération a fait réaliser un audit par un cabinet indépendant. En s’appuyant sur les conclusions de cet audit, l’agglomération de Bordeaux a forcé le titulaire du contrat à lui rembourser plus de 230 millions d’euros. Un des experts-comptables qui a participé à l’audit citait ce simple exemple : le prestataire incluait dans son contrat le remplacement des compteurs individuels tous les 12 ans en moyenne. Et facturait donc la prestation correspondante à la collectivité. Sauf qu’en pratique, le remplacement des compteurs ne se fait pas tous les 12 ans, mais tous les 24 ans ! La société titulaire du contrat faisait donc une double facturation. Citons aussi Munich qui, depuis la remunicipalisation de son eau en 1992, a réussi à diviser par 2 le taux de nitrates, tout en supprimant totalement l’utilisation du chlore et en baissant le prix facturé au consommateur. Résultat : une eau de meilleure qualité, totalement naturelle, et moins chère.

 

Et que dire de ce constat implacable : dans les villes où la gestion de l’eau est confiée au privé, le prix du m3 facturé au consommateur est plus élevé que dans le cas d’une gestion publique. A Paris par exemple, depuis la remunicipalisation, le prix de l’eau a baissé de 10 à 15%., avec un meilleur service et plus d’investissements sur le réseau et les équipements de distribution.

 

Des réseaux et des équipements qui, ô surprise, s’avèrent être moins performants quand c’est une société privée qui gère l’eau. En moyenne, le taux de fuite des réseaux d’eau gérés par le privé est 2 fois supérieur à celui des réseaux gérés par le public. Le constat est là aussi implacable. Il faut dire que les sociétés privées n’ont aucun intérêt à investir dans des équipements à la fois performants et durables. Ca leur couterait cher, sans rien leur rapporter de plus. Au contraire. Certains contrats prévoient par exemple que l’eau « produite » est facturée à la collectivité, quelle que soit l’usage qui en est fait. Y compris quand « l’usage » en question, c’est de l’eau qui se perd dans les fuites. Dès lors, pourquoi la société privée irait-elle investir pour diminuer les fuites ? Non seulement ça lui coûterait de l’argent, mais en plus ça ferait baisser ses recettes !

 

 

A Aix les Bains, la gestion de l’eau potable est privatisée depuis 1998. Année où l’ancien maire Gratien Ferrari l’a confiée à la Saur. Force est de constater que bon an mal an, on retrouve à Aix la plupart des travers dénoncés par le documentaire d’Arte. Opacité des contrats, manque d’information des citoyens et des élus (il faut dire aussi que certains ne veulent surtout pas être informés), prix de l’eau qui augmente (+50% de 2001 à 2010), réseau qui fuit de plus en plus (41% en 2001, 46% fin 2009). Sans parler du fait que personne n’est aujourd’hui capable d’expliquer clairement pourquoi la charge d’entretien et de rénovation du réseau d’eau revient à la collectivité et non pas au prestataire privé. Et sans parler du fait qu’en seulement 5 ans (2004 à 2009), la Saur a multiplié ses profits par 2. Passant de 31 millions d’euros de bénéfices nets en 2004 à 62 millions en 2009.

 

Début 2011, la ville, sous l’impulsion de sa seule majorité municipale, a signé un contrat PPP de 15 pour son éclairage public. Fort heureusement, le titulaire du contrat ne facture pas lui-même la consommation d’électricité correspondante. Sinon on pouvait s’attendre au même genre de dérive qu’avec l’eau : à quoi bon faire en sorte que la ville consomme moins, puisque ça rapporte moins ! Il n’en demeure pas moins que l’opacité est au rendez-vous. Où sont donc les 28 annexes au contrat, indispensables à sa bonne compréhension ? Curieusement, les élus n’en n’ont pas été destinataires avant le vote de décembre 2010. Et quid de ces chiffres qui changent sans arrêt ? Comme par exemple ces 3,5 millions d’euros d’investissements annoncés pour les 3 premières années du contrat, et qui se transforment comme par enchantement en seulement 2,5 millions d’euros. La ville a-t-elle vraiment besoin de privatiser son éclairage pour y investir 830.000 euros par an pendant 3 ans ? La réponse est évidente : non ! Alors pourquoi le faire ?

 

La plupart des contrats de privatisation de la gestion de l’eau des villes françaises arrivent à échéance d’ici à 2015. Et nombreuses sont les communes ou les agglomérations qui entendent bien ne pas les renouveler. C’est le signe évident, manifeste et incontestable que la gestion d’un service public par le privé n’est pas la bonne solution.

 

Depuis quelques années, les sociétés privées se sont attaquées à un autre marché : celui de l’éclairage public. Avec le même modèle économique que pour l’eau. On veut bien prendre le pari que d’ici une petite quinzaine d’années, la même vague de remunicipalisation s’amorcera pour l’éclairage, tout comme pour l’eau aujourd’hui. D’ici là, amis contribuables, sortez vos porte-monnaie !

 

 

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