Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 novembre 2010 4 18 /11 /novembre /2010 07:44

Dans l’expression « contrat PPP », PPP est l’acronyme de « partenariat public privé ». En juillet 2009, lors du débat au conseil municipal sur le principe de recours à un contrat PPP pour l’éclairage public de la ville, Thibaut Guigue avait trouvé une autre signification à l’acronyme PPP : pourquoi payer plus.

 

On ne sait pas si l’élu municipal auteur de ce bon mot partage notre point de vue. Mais les éléments exposés ci-dessous aboutissent à la même interrogation que la sienne : pourquoi payer plus ?

 

 

TOUT VA POUR LE MIEUX DANS LE MEILLEUR DES MONDES


Quiconque lirait rapidement le rapport d’évaluation préalable de 2009 sur le principe du recours à un contrat PPP pour l’éclairage public arriverait sans doute à cette conclusion : le PPP est LA solution à retenir. La seule. L’unique. Et dirait certainement « il faudrait être fou pour dépenser plus ». Pour reprendre le slogan publicitaire d’un opticien qui parait-il n’a pas toute sa raison.

 

 

Le rapport d’évaluation préalable pare en effet le contrat PPP de toutes les vertus possibles et imaginables. Et a contrario dépeint les autres solutions (assises sur un service public) sous le jour le plus sombre qu’il soit possible d’envisager. Avec le PPP, c’est comme pour le cochon, tout est bon. L’éclairage est modernisé. Et fait même un immense bon technologique en avant. La ville est plus belle, avec des monuments et des sites mieux mis en valeur. Et tout coûte moins cher. Baisse de la consommation énergétique, et donc de la facture d’électricité, de 10%1. Investissement moins chers de 15%. Et même les coûts d’exploitation qui baissent.

 

Bref, avec le PPP, tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Une sorte de Conforama bis. Vous savez, Conforama, le pays où la vie est moins chère.

 

 

VOUS AVEZ DIT OBJECTIVITÉ ?


Mais s’agissant d’un contrat qui s’apprête à engager la ville pour 15 ans, une simple lecture rapide ne suffit pas. Mieux vaut une lecture approfondie et attentive. Et même plusieurs lectures. Ce qui permet de mettre le doigt sur plusieurs bizarreries. Comme par exemple le fait que nombre d’hypothèses retenues par les auteurs du rapport pour défendre la solution du PPP ne sont pas étayées par des éléments précis et incontestables.

 

 

Prenez par exemple les investissements moins chers de 15% en PPP. Aucun élément tangible, aucun exemple concret n’est présent dans le rapport pour justifier de cette réduction, pourtant plus que sensible. Les auteurs du rapport emploient d’ailleurs des termes prudents : cette réduction n’est pas avérée, elle est simplement supposée. Supposée, mais néanmoins prise en compte comme telle.

 

Mais là où ça devient très intéressant, c’est quand le rapport s’attaque au coût de l’énergie. Autrement dit à la facture d’électricité de l’éclairage public. En 2009, elle était d’environ 300.000 euros pour l’année. Le rapport d’évaluation préalable table sur une baisse de 10% générée par la modernisation du réseau et des systèmes d’éclairage. Première surprise : le rapport prend applique la totalité de la réduction dès la première année. Comme si, par un coup de baguette magique, l’éclairage public était modernisé dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier. Cette prise en compte dès la première année est non seulement irréaliste, mais qui plus est en contradiction avec les termes mêmes du rapport, dans lequel il est écrit noir sur blanc que « l’économie serait constatée dès l’année 2 ». Mais dans le domaine des économies d’énergie, le rapport réserve au moins une autre surprise. On se souvient que la municipalité a annoncé avoir remplacé en 2007 850 ampoules d’ancienne génération par des ampoules sodium haute pression, générant ainsi une baisse de consommation de 25 à 30% sur les points lumineux concernés.

 

Cette annonce montre deux choses. Et d’une les services de la ville sont tout à fait capables de moderniser l’éclairage public sans avoir recours à un PPP. Et de deux la ville est capable de faire des économies d’énergie sans avoir recours à un PPP. Or le rapport d’évaluation préalable ne prend en compte aucune réduction de la consommation dans le cadre d’une gestion publique de l’éclairage (voir tableau ci-dessous). Un manque d’objectivité évident, qui traduit assez bien l’esprit du rapport : tout faire pour présenter le PPP sous son meilleur jour, et la gestion publique sous son jour le plus sombre.

PPP-MP-Energie.jpg

Extrait du rapport d'évaluation préalable. Dans la solution Marchés publics, aucune réduction n'est appliqué au coût de l'énergie, maintenu (avant actualisation annuelle) au niveau de 2009.

Pourtant dans cette solution, des économies d'énergie sont aussi possibles.

 

 

MAIS … CAR IL Y A UN MAIS


Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes avec le PPP. Tout y coûterait moins cher, tout y serait plus beau, plus moderne, plus sûr … etc. Et c’est là qu’intervient le mais. Et même le gros MAIS. Car si tout coûte moins cher, si la consommation baisse, si les coûts d’exploitation et de maintenance baissent, si les investissements coûtent moins chers, alors pourquoi continuer à payer le même prix pendant 15 ans ? Sans oublier que le loyer annuel du PPP sera indexé, et qu’il augmentera donc chaque année.

 

 

La boucle est bouclée, et on revient à l’interrogation de départ : pourquoi payer plus chaque année pour quelque chose qui est censé coûter de moins en moins cher ?

 

 

 

 


1 Oui, il est bien écrit 10% dans le rapport d’évaluation préalable. Et non 25% ou 30%, comme annoncé à la presse par Sylvie Cochet.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

visiteur 18/11/2010 10:36



commençons par éclairer les esprits!



Aix Hebdo 18/11/2010 14:27



Mais comme le dit Christophe Alévèque "à quoi bon être une lumière si c'est pour s'éclairer le cul ?"



Aix Hebdo en mode pause

L'équipe d'Aix Hebdo s'offre une pause sabbatique. En attendant notre retour en ligne, nous vous invitons à suivre l'actualité locale sur ces deux sites (cliquez sur les images pour accéder aux sites).

LogoAJ  LogoAI