Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 07:44

Si cet article nous avait été inspiré par Madame Gonzales, il se serait sans conteste appelé « Y’a plus d’saisons ma brave dame ! ». Mais comme Madame Gonzales, concierge de son état, se trouve être dans l’escalier et qu’elle a autre chose à faire que d’écrire des articles, et bien c’est un autre titre que nous avons retenu.

 

Un titre somme toute assez légitime. Parce qu’avec un soleil qui brillait de tous ses feux dans un ciel d’azur immaculé (comme le dit si poétiquement Conception, la fille de Madame Gonzales), et des températures flirtant avec les 10°C au départ des pistes (que ce soit au Revard ou à la Féclaz), il en fallait peu pour se croire non pas dans le premier tiers de l’hiver, mais plutôt dans celui du printemps à venir. Des conditions météo comme ça, forcément, ce n’est pas bon pour la neige. En revanche, c’est bon pour la fréquentation. Les différents parkings des stations du plateau affichaient tous complets et même un peu plus. Comme par exemple celui de Crolles (voir photos ci-dessous). Du coup se repose la question de l’accès au plateau. Lequel se fait aujourd’hui très majoritairement en voiture individuelle, faute d’une véritable desserte performante par les transports en commun.

 

Revard16jan2011-1.jpg   Revard16jan2011-2.jpg

Parking de Crolles - 16 janvier 2011 - Cliquez sur les photos pour les agrandir

 

Le point positif, c’est qu’on constate quand même qu’une majorité des véhicules qui montent au Revard ou à la Féclaz comportent au moins deux personnes à bord, quand ce n’est pas trois ou quatre. Ca n’a l’air de rien comme ça, mais ça tranche nettement avec les habitudes de déplacement au quotidien, où plus de 70% des trajets en voiture individuelle se font avec le seul chauffeur à bord. Pour autant, ça n’empêche pas qu’il faudra bien un jour ou l’autre se pencher sérieusement sur la mise en place de véritables solutions collectives d’accès au plateau du Revard. S’y penche et … tomber dedans.

 

Pour l’instant, les projets se sont arrêtés au stade des études préliminaires. Ainsi le projet de retour d’un train à crémaillère, porté depuis des années par l’association RATC, a-t-il reçu une fin de non recevoir de la part des élus de la CALB. Parce qu’il est parait-il trop cher, donc non rentable. Ou pour le moins, non « équilibrable », si vous nous autorisez ce barbarisme. Mais faut-il nécessairement qu’il le soit ? S’agissant d’un équipement d’intérêt public et collectif, il nous semble que non. D’ailleurs, quand nos collectivités aménagent des routes, se soucient-elles de leur rentabilité ? Non, et pour cause : en dehors des autoroutes à péage, dont l’exploitation est concédée à des groupements privés, nos routes sont d’accès gratuit. Elles ne génèrent donc aucune recette. Et sont donc par nature déficitaires. Pour autant, cela n’empêche pas les décideurs de tous bords de continuer à lancer de nouveaux chantiers routiers. On ne voit donc pas pourquoi l’aménagement d’une voie de chemin de fer à crémaillère en direction du Revard devrait être rejeté sous prétexte que cet équipement ne serait pas rentable. Quand bien même serait-ce le cas, ce qui reste à démontrer, il ne le serait pas moins que toutes nos routes !

 

Et là où ça devient vraiment intéressant, c’est quand on compare le prix de revient au kilomètre du projet de l’association RATC avec le prix de revient au kilomètre de bon nombre des grands chantiers routiers du secteur. Pour le train à Crémaillère du Revard, le budget se situe entre 9 et 13 millions d’euros au kilomètre (chiffres de l’étude commanditée par la CALB). C'est-à-dire peu ou prou le même prix qu’un kilomètre de bonne route. Quand ce dernier n’est pas plus cher. Prenez par exemple le futur aménagement du contournement routier du Viviers du Lac, qui devrait voir le jour d’ici 3 ou 4 ans. Son budget flirte avec les 20 millions d’euros du kilomètre. Et tout ça pourquoi ? Pour désengorger le village du Viviers, ce qui est incontestablement une bonne chose. Sauf que ce désengorgement ne se fait pas grâce à une réduction du trafic, mais par son simple déplacement quelques hectomètres plus loin. Et quand on voit la pression foncière qui existe sur le bassin aixois, et la vitesse à laquelle les zones non encore bâties s’urbanisent, on a du mal à imaginer que d’ici tout au plus une décennie, ce contournement ne sera pas à nouveau au cœur d’une zone habitée1. Autrement dit, on n’aura fait que déplacer un problème sans le solutionner. Selon la bonne vieille politique du reculer pour mieux sauter (dans le vide). Ou selon la bonne vieille politique de la patate chaude, refilée en douce aux élus de dans 10 ans.

 

Rappelons par ailleurs que le budget annoncé pour la crémaillère du Revard est un budget global. Mais avec un champion de la course aux subventions tel que Dominique Dord, nul doute que la CALB serait en mesure d’en faire prendre une bonne partie à la charge d’autres collectivités, qu’il s’agisse du département, de la région, de l’état et même de l’union européenne.

 

Et puis, pourquoi ne pas engager un partenariat public privé pour ce projet. Si ce type de solution est le meilleur possible pour l’éclairage public aixois, il doit bien aussi être envisageable pour la construction et l’exploitation d’un train à crémaillère non !? Et bien en fait il semblerait que non. A cause de la rentabilité « douteuse » du projet. Oh surprise ! Les partenaires privés des collectivités publiques ne seraient donc prêts à devenir des partenaires que si et seulement si les projets sont rentables. Autrement dit si les partenaires privés peuvent y trouver des sources de bénéfices. C’est marrant, ce n’est pas comme ça qu’on concevait la notion de partenariat. Etre partenaires, pour nous, ça consiste à partager les bons coups, comme les « mauvais ». Alors si un groupe comme Vinci peut être le « partenaire » d’Aix les Bains pour son éclairage public (opération plus que rentable pour Vinci), il pourrait bien en contrepartie être aussi partenaire de la ville et des autres collectivités publiques concernées sur un projet moins rentable.

 

A moins que … à moins que les groupes comme Vinci n’envisage d’être les partenaires du public que si et seulement si ça leur rapporte gros. Non, ne nous dites pas qu’il en va ainsi ! On nous aurait donc menti ?

 

 

 

 


1 Au passage la zone en question est déjà habitée. Avec une faible densité certes, mais il est peu probable que les riverains concernés trouvent légitime de devoir accepter de supporter le trafic dont d’autres ne veulent plus.

Partager cet article
Repost0

commentaires