Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 07:46

RapportGiran.jpgGardez-moi de mes amis, mes ennemis, je m’en charge. Le député-maire d’Aix les Bains pourrait bien faire sienne cette citation de Voltaire. Car c’est bien d’un député de son bord qu’émane ce rapport qui épingle sa façon très à lui de pratiquer la démocratie à l’échelon local. Pire, ce rapport est une commande du premier UMPiste de France, Nicolas Sarkozy en personne. On n’est jamais aussi bien lâché que par les siens.

 

Quelques mots sur la genèse du rapport

La réforme des collectivités territoriales, voulue et mise en place par Nicolas Sarkozy, a soulevé un important vent de critique dans les rangs de l’opposition. Tout particulièrement le volet relatif à la fusion des assemblées départementales et régionales à compter de 2014. Sous prétexte d’économies fantômes, cette réforme électorale est avant tout électoraliste. Allez savoir pourquoi, mais les scrutins de listes sont plus favorables à la gauche qu’à la droite. Pour élire les futurs conseillers territoriaux, l’UMP a donc choisi d’éliminer purement et simplement le scrutin de listes et la proportionnelle partielle, appliqués aux élections régionales. Pour ne conserver que le mode de scrutin des conseillers généraux. Sans listes, et bien sûr sans proportionnelle.

 

Reconnaissons cependant une qualité à cette réforme. Celle d'instaurer l'élection directe des représentants des communes dans les communautés, comme la CALB. De quoi éviter les abus constatés aujourd'hui. Mais aussi de quoi donner l'occasion aux électeurs d'instaurer un contre-pouvoir local. En portant un bord politique à la tête de la mairie, et un autre bord à la tête de l'intercommunalité. Tous les français lassés des perpétuelles et stériles querelles droite/gauche, et notamment parmi eux de nombreux abstentionnistes, seraient fort avisés de mettre à profit cet aspect de la réforme territoriale. Et de renvoyer dos à dos les éternels rivaux, en les forçant à travailler enfin ensemble.

 

Ne pouvant réformer par ailleurs les élections municipales, elles aussi favorables à la gauche, on imagine que le chef de l’état a choisi une voie détournée. Celle de renforcer les moyens d’action et d’expression de l’opposition municipale. Là encore, difficile de ne pas y voir une arrière-pensée électoraliste. Depuis 2007, Nicolas Sarkozy nous a démontré en nombre d’occasion qu’avant d’être le président de tous les français, il demeurait le chef de file de l’UMP. Mais pour autant, on veut bien applaudir des deux mains à l’idée d’un rééquilibrage des forces municipales, entre majorité et opposition.

 

La mission confiée par le président de la République au député UMP du Var, Jean-Pierre Giran, était de dresser un état des lieux de la démocratie locale en France. Et de faire des propositions permettant d’en améliorer le fonctionnement. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce rapport tape sur Dord et sa pratique de la démocratie locale. Et tape même fort.

 

 

En guise d’apéritif

Et ça démarre dans les starting-blocks, comme dans la chanson de Nougaro. A peine l’intro avalée qu’on est déjà dans le vif du sujet. « En réalité, la pratique politique a souvent transformé le débat espéré en une pantomime où l’opposition n’a le choix qu’entre le mutisme et le harcèlement », constate Jean-Pierre Giran. Si vous vous intéressez un tant soit peu à la vie politique locale, cela devrait déjà vous rappeler quelque chose. Mais ce n’est pas fini. « L’ordre du jour est presque toujours le monopole de l’exécutif, les questions de l’opposition filtrées et parfois dénigrées, les informations nécessaires au débat dissimulées ou parcimonieusement distribuées » peut-on lire quelques lignes plus bas dans le rapport. Il suffit d’avoir assisté à une séance du conseil municipal aixois pour comprendre que Jean-Pierre Giran voit juste. Et qu’il tape là où ça fait mal. Quasiment pas une séance sans que l'opposition ne réclame pour la énième fois un document qu'elle réclame depuis longtemps, et que le maire a promis-juré-craché qu'il allait lui communiquer. Quasiment pas une séance sans que le maire, dans son habituel exercice de grandes envolées lyriques qui monopolisent le temps de parole, ne rabaisse ou ne raille l'opposition. Et ce conseil municipal dédié à l'avenir des thermes, demandé par l'opposition et refusé par Dord, au prétexte que l'avenir des thermes n'était pas une affaire municipale !

 

La suite est délectable et, contrairement à ce qui se passe dans la chanson de Brassens, on peut vous la dire et ce n’est pas regrettable. Nous n’avons pas changé un mot au texte du rapport : « En outre, pendant cinq ou six ans selon les collectivités, la majorité et son chef font leur promotion sous couvert de celle de l’institution, relayée en cela par la presse territoriale ou même par la presse quotidienne régionale [NDLR, lire aussi LE MOT DE LA FIN]. Cette véritable campagne est bien entendu financée par le budget de la collectivité, c'est-à-dire par les contribuables dont souvent, ironie de l’histoire, une majorité appartient à l’opposition ». On n’aurait pas mieux dit. Ah ces magazines municipaux tout à la gloire de l’action de l’équipe en place ! Ah le Dauphiné Libéré qui relaie la propagande officielle sans se soucier de vérifier le bien-fondé des arguments avancés ! Tiens, à ce propos, savez-vous combien vous coûte la presse territoriale aixoise ? Non ? Eh bien nous non plus. Pour la bonne raison que le chiffre ne figure nulle part en clair dans les comptes municipaux. Même le marché public d’assistance à rédaction, confiée à la société Sphère Publique, est voté pour un montant annuel minimal, sans précision d’un montant maximal.

 

Et nous n’en sommes là qu’au troisième paragraphe de la première partie du rapport …

 

 

 

Alors certes, des lecteurs d’autres communes retrouveront leurs élus dans cette description peu glorieuse, mais bien réelle, d’une démocratie locale bafouée par les élus au pouvoir. Qu’ils soient de droite ou de gauche. Mais même si les propos du rapport ne visent ni nommément ni exclusivement Dominique Dord et sa pratique de la démocratie locale, il est impossible de ne pas voir que les travers dénoncés par son collègue Jean-Pierre Giran correspondent à sa façon de faire.

 

Malheureusement pour lui, et surtout pour ses administrés, le député-maire d’Aix les Bains ne dispose d’aucunes circonstances atténuantes. Bien au contraire. En tant que député de la majorité présidentielle, en tant que trésorier du parti majoritaire, il se devrait, plus que d’autres, d’être animé par « la seule volonté de servir l’intérêt général ». Formule là aussi empruntée au rapport Giran.

 

Railler l’opposition, réduire ses moyens d’expression à quasiment zéro, utiliser les parutions municipales pour sa propre promotion, et on en passe, est-ce vraiment être animé par la seule volonté de servir l’intérêt général ? On laissera à nos lecteurs le soin de répondre par eux-mêmes à cette question. Non sans avoir cette certitude à l’esprit. Ce n’est pas une fatalité. Ailleurs, d’autres élus font autrement.

 

 

 

La suite très prochainement. Nous rentrerons plus dans les détails du rapport. Lequel comporte 42 propositions pour améliorer le fonctionnement de la démocratie locale. C’est d’ailleurs son titre. Nous verrons, au travers d’un certain nombre d’entre elles, que les généralités énoncées ci-dessus trouvent une traduction très concrète dans le quotidien de la démocratie aixoise.

 

 

 

LE MOT DE LA FIN

Un exemple parmi d'autres de la propagation par la presse locale de la promotion du pouvoir en place. Le DL, ici sur son site internet reprend une info (?) faisant état de 750 projets immobiliers en cours. Même en comptant les cabanons de jardin, l'erreur est manifeste. Il ne s'agit pas de 750 projets, mais plutôt de 750 logements. Et encore le chiffre apparait-il comme un rien exagéré. Mais plus que tout le reste, c'est la phrase d'introduction qui fleure bon la propagande : la cite thermale n'enf finit pas de séduire les promoteurs immobiliers. Sous-entendu, grâce à l'action du député-maire, à qui le DL donne d'ailleurs la parole tout de suite après. Sans se poser cette question : le rôle d'une municipalité est-il de séduire les promoteurs immobiliers ? Ne serait-il pas plutôt de donner à la population les logements dont elle e besoin. Et manifestement, quand on voit le nombre de demandes de logements sociaux en attente (plus de 1.000), il est évident que ce rôle-ci, les municipalités Dord n'ont pas su le tenir. Pas plus depuis 2008 qu'entre 2001 et 2007.

 

DL12mar2012Immobilier.jpg

Partager cet article

Repost 0

commentaires

pascal 16/03/2012 03:09


... ceci dit, merci d'avoir pointé ce rapport, qui m'avait échappé et qui rappelle ici (31) aussi bien des dérives de la démicratie locale...


p.s je n'ai pas vu que vous ayez mis un lien vers le rapport dans
l'article, si?

Aix Hebdo 17/03/2012 08:41



Le lien était prévu dans un prochain article.



pascal 16/03/2012 03:03


C'est un peu réducteur de présenter ce rapport comme un "rapport de l'UMP".


Par exemple, l'association Anticor a été consultée et elle disait ceci après la remise du rapport.

Aix Hebdo en mode pause

L'équipe d'Aix Hebdo s'offre une pause sabbatique. En attendant notre retour en ligne, nous vous invitons à suivre l'actualité locale sur ces deux sites (cliquez sur les images pour accéder aux sites).

LogoAJ  LogoAI