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20 juillet 2011 3 20 /07 /juillet /2011 07:46

Après le bradage des thermes Chevalley et de leur patrimoine à Valvital en début d’année 2011, le scandale financier continue. Avec un nouvel épisode. Aujourd’hui c’est la ville d’Aix les Bains qui engage des négociations avec Valvital pour racheter une partie du patrimoine que cette dernière a acquis pour trois fois rien il y a quelques mois. Retour sur un dossier où tout semble avoir été fait à l’envers, et où on a bien du mal à croire que les autorités publiques responsables aient cherché à défendre au mieux les intérêts de la collectivité.

 

Que l’Etat ait eu la volonté de se débarrasser des Thermes Nationaux peut paraître comme légitime. Avec une fréquentation en chute libre, ces derniers perdaient de l’argent, au point de devenir un véritable gouffre financier. On peut cependant s’étonner que personne du côté de Paris et de ses ministères n’ait songé à analyser le pourquoi du comment de cette dégringolade. Et encore moins à chercher des responsables. Car pendant qu’Aix les Bains poursuivait sa descente, d’autres stations thermales avec les mêmes indications thérapeutiques gagnaient elles de la clientèle. Et sans pour autant avoir des établissements gérés par des sociétés privées. La légitimité de la volonté affichée par l’Etat est donc toute relative.

 

Quoi qu’il en soit, s’agissant d’un patrimoine entièrement payé par différentes collectivités publiques (Etat, région, département, ville d’Aix les Bains), il aurait été légitime que l’opération soit menée avec comme fil conducteur la recherche des solutions les plus profitables à ces collectivités. Lesquelles, à défaut de prétendre à un retour sur les investissements consentis, étaient au moins en droit d’attendre que leurs intérêts soient défendus au mieux. On peine à croire que tel a été le cas. Il y a d’abord le prix de cession à Valvital. En gros 3 M€. Pour un patrimoine gigantesques (les thermes Chevalley, des terrains, les sources thermales, des parkings, une blanchisserie industrielle …) dont la valeur réelle atteint plusieurs dizaines de millions d’euros. Auxquels s’ajoutent entre 5 et 6 M€ pour le rachat de la clientèle (15 M€ de CA annuel) avec un étalement du paiement sur plusieurs année. A ce prix là (on parle des 3 M€ du patrimoine), il eut sans doute mieux valu ne pas vendre à Valvital, mais plutôt lui consentir un bail de location.

 

Il y a ensuite le fait que dans le « paquet cadeau » de Valvital, l’Etat a inclus des éléments du patrimoine des thermes sans rapport avec l’exercice de l’activité thermale à Chevalley. On pense bien évidemment au parc de Verdure, à ses kiosques, à son théâtre et au parking de la rue Jean Monard. Ce sont précisément ces éléments qui sont aujourd’hui concernés par les négociations engagées entre la ville et Valvital. Si pour le parc lui-même on semble se diriger vers une cession à l’euro symbolique, il en va autrement pour les autres éléments. Pour ce qui concerne les kiosques, Valvital serait d’accord pour les céder à la ville, mais moyennant paiement. Sachant qu’elle les a acquis pour rien, vu le prix global qu’elle a payé. Pour le parking, c’est une autre paire de manches. La ville voudrait le racheter, et Valvital voudrait le garder. Sans doute au moins le temps qu’elle continuera à occuper les locaux des anciens thermes. Une occupation qui soit dit en passant se fait pour le moment à titre gratuit. Non content de brader son patrimoine, l’Etat n’estime pas en plus devoir faire payer un loyer à Valvital pour les plusieurs milliers de m² que la société occupe dans des bâtiments toujours propriété nationale, et qui seront bientôt propriété de la ville.

 

Pour le parc de verdure, son théâtre, ses kiosques, son parking, la question qui se pose c’est de savoir pourquoi ses éléments ont été cédés à Valvital au lieu d’être transférés directement à une collectivité locale (a priori la ville). Rien ne le justifiait. Et rien ne le justifie. En tout cas sûrement pas la défense des intérêts publics, bien au contraire. Et on est droit de se demander à quoi ça nous sert d’avoir un maire également député et qui dit disposer d’appuis aux plus hauts niveaux de l’Etat. Que des fonctionnaires d’un quelconque ministère qui n’ont probablement jamais mis les pieds à Aix les Bains n’aient pas pris conscience qu’il était possible de faire autrement, pourquoi pas. C’est cependant regrettable. Mais comment expliquer que le député-maire de la ville n’ait pas réussi à imposer ce point de vue ? Comment expliquer qu’il se retrouve obligé de négocier avec Valvital pour racheter au nom de la ville, en les payant, des éléments que la collectivité locale aurait pu avoir pour pas un centime ?

 

Au moment de la vente des terrains de la Crémaillère à la famille Garancini et du rachat de l’ancien Zander par la ville en 2001, certains avaient parlé de « l’affaire du siècle ». Une affaire pour les Garancini bien évidemment. 10 ans plus tard, force est de reconnaître que l’affaire en question n’était pas celle du siècle. Avec la privatisation des thermes, Valvital l’emporte largement. 3 M€ pour acquérir un patrimoine qui en vaut au bas mot 10 fois plus, et dont une partie est sans rapport avec l’activité thermale, avec en plus la possibilité de réaliser une marge sur la revente de la partie en question !

 

 

LE MOT DE LA FIN

Au-delà de ces aspects purement financiers, on peut, on doit aussi s’interroger sur les raisons qui ont conduit l’Etat à céder les sources thermales à Valvital. Cette dernière se retrouvant donc propriétaire d’une ressource naturelle, avec un droit d’usage exclusif. Non seulement c’est choquant d’un point de vue éthique et morale, mais c’est de plus totalement contreproductif pour le développement du thermalisme aixois. Grâce à cette largesse consentie par les autorités publiques, Valvital bénéficie d’une situation de monopole. Et n’a donc rien à craindre d’éventuels concurrents qui entendraient s’implanter sur Aix. Pour leur faire barrage, elle n’aurait qu’à refuser de leur concéder un droit d’usage de l’eau thermale, ou bien l’accepter mais en pratiquant des prix prohibitifs. Curieux, il nous semblait pourtant que dans la doctrine capitaliste, défendue par le gouvernement UMP et ses représentants locaux, la libre concurrence occupait une place de choix. Et qu’elle bénéficiait toujours aux consommateurs. C’est du moins ce qu’on nous explique en long en large et en travers quand il s’agit d’ouvrir les services publics (eau, électricité, gaz, téléphonie …) à la concurrence privée. Alors pourquoi diable avoir fait le contraire à Aix les Bains concernant l’eau thermale ?

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