La scène se passe un mercredi. Le 4 octobre 2006 pour être précis. Les élus municipaux, concentrés, viennent d'écouter religieusement Madame Audenino Campardon leur donner lecture de l'article 7 de l'ordre du jour : le projet de convention avec la SEAB pour la fourniture d'eau de source.
Comme il est d'usage, le maire engage alors le débat en demandant s'il y a des questions. Et c'est Hervé Boileau qui prend le premier la parole. Sa question est simple, limpide même. Puisque la convention prévoit que la SEAB financera les travaux d'adduction jusqu'à concurrence du montant de 600.000 euros, Hervé Boileau souhaite connaître le montant total prévisionnel du chantier.
On ouvre ici une petite parenthèse pour vous faire part de notre stupéfaction en entendant cette question. Tant il nous paraissait évident qu'on ne pouvait demander à des élus de se prononcer sur cette convention sans leur avoir préalablement exposé ce qu'elle allait très exactement impliquer comme dépense pour la ville. Et pourtant, c'est visiblement ce qui était prévu : pas un mot dans l'exposé du projet sur les dépenses à la charge de la ville. Fin de la parenthèse (fin temporaire, on la rouvrira plus loin).
Une question aussi simple et limpide appelait nous semble-t-il une réponse tout aussi simple et limpide. Du genre "oui Hervé (vous avez remarqué que le maire appelle les conseillers par leur prénom, ça fait plus chic), le montant total des travaux est estimé à tant d'euros (en remplaçant bien évidemment le tant par le montant estimé)".
Oui, tout le monde était en droit de s'attendre à ce type de réponse. Mais bah, c'eut été là la réponse de gestionnaires de pacotille, voire de bas étage. Et là, on est en présence de gestionnaires d'exception (enfin autoproclamés d'exception).
Et la réponse est donc forcément de haut vol. Le maire renvoie donc la question vers un autre Dominique, qui nous explique en substance que les 600.000 euros ont fait l'objet d'une première pré-étude, et ne sont pas une somme annoncée au hasard. Une réponse d'une rare précision non ?
Et le maire de s'empresser d'ajouter que (on cite), "ce n'est pas pifométrique". Des fois que quelqu'un ait eu des doutes ?
De la gestion de haut vol, on vous l'avait dit. A tel point que les élus d'Aix Avenir, Hervé Boileau en tête, en resteront totalement cois. C'est vrai qu'on n'a pas tous les jours l'occasion de participer à une réunion avec des gestionnaires de cette trempe et de ce niveau d'excellence.
Reprenons quand même la réponse fournie à la question d'Hervé Boileau. Elle n'évoque que la somme de 600.000 euros prévue par la convention, et qui est la somme maximale que la SEAB remboursera à la ville dans le cadre de la réalisation des travaux d'adduction d'eau jusqu'à son usine de Grésy.
Mais à aucun moment le montant global des travaux n'est évoqué. Ce montant était pourtant l'objet de la question simple et limpide posée par Hervé Boileau. Le montant est-il inférieur à cette somme de 600.000 euros ? Est-il supérieur, et de combien. Visiblement la maire et ses conseillers n'en savent rien. Cela fait pourtant deux ans que le maire lui-même négocie avec la SEAB pour ce projet. Ou s'ils le savent, ils ne veulent rien en dire.
Deux ans de négociations avec la SEAB, et on en est en 2006 qu'à une "première pré-étude" qui n'a pas permis de déterminer le coût exact des travaux. Il est vrai que le terme "première pré-étude" laisse à penser qu'il y aura d'autres pré-études (qui suivront la première). Mais aussi qu'on passera un jour du stade de la "pré-étude" à celui de l'étude tout court. Et bien non, le conseil municipal est appelé à se prononcer le jour même, sur la base d'une pré-étude, et sans connaître le montant des dépenses que la ville va devoir engager.
Oui vraiment, de la gestion de très très haut vol.
Chose promise, chose due : on rouvre ici la parenthèse refermée temporairement un peu plus haut dans cet article. Pour vous rappeler que deux ans après cette délibération, le montant des travaux est enfin connu. Et, ô surprise (?),
il est supérieur de près de 50% au montant annoncé en octobre 2006. Oui, 298.000 euros de plus qu'en 2006. 50% de plus que le chiffre pas du tout pifométrique annoncé par Dord deux ans auparavant. Du coup il nous vient une idée : et si on baissait les indemnités des élus de 50%, en leur expliquant que les montants annoncés lors du conseil du 15 mars étaient des estimations ne devant rien au hasard ni à cette science exacte qu'est la pifométrie ?
Vous pensez qu'on vous raconte des "craques" et que jamais au grand jamais les élus de l'équipe Dord n'ont tenus ces propos ? Si tel est votre avis, alors prenez quelques minutes pour écouter l'enregistrement des débats du conseil municipal du 4 octobre 2006.
Vous le trouverez sur le site d'Aix Avenir, à l'adresse suivante :
http://aixavenir.free.fr/nv/html/conseils/20061004/ARTICLE07.mp3