C'est quelque chose d'assez peu connu du grand public, mais une des principales directives de Dord aux services municipaux, en matière d'achat de biens et de services, est de privilégier autant que faire se peut les entreprises et prestataires locaux. Ce qui, code des marchés publics oblige, relève parfois de la gageure.
Il n'empêche. C'est une politique qu'on ne peut que saluer et soutenir, les collectivités représentant un poids d'importance pour l'économie locale. La presse du même tonneau en sait d'ailleurs quelque chose, elle qui pour ne pas perdre la manne de la publicité et des annonces légales de ces mêmes collectivités, est aux petits soins pour leurs dirigeants.
Bon. Mais ce qui est surprenant, c'est que ce bon principe qu'il "impose" à "ses" services, le maire se garde bien de se l'appliquer à lui-même. Voila un bien curieux paradoxe, que nous allons illustrer au travers de deux exemples. Deux exemples qui relèvent totalement de la compétence directe du maire.

Le premier, c'est le festival MUSILAC. Un festival dont Dord affirme lui-même qu'il l'a toujours soutenu, dès le début, et qu'il en est le premier promoteur.
Il n'échappera à personne que ce festival n'est pas organisé par une entreprise locale. Faute de compétences peut-être. Passons. Mais surtout, la quasi totalité des commerçants qui tiennent des stands dans l'enceinte du festival sont totalement étranger à la ville, et même à la région. Les commerçants du secteur ne tirent eux aucun bénéfice de cette manifestation. Pire, elle les prive d'une bonne partie de leur chiffre d'affaires, en pleine période estivale, qui plus est en plein au moment de la fête nationale du 14 juillet. Car non seulement le "bruit" fait fuir une bonne partie des touristes, mais de plus le bouclage du quartier empêche ceux qui sont restés, tout comme les aixois, d'accéder aux nombreux restaurants et activités de loisir des ports et de l'esplanade. Quant aux festivaliers, prisonniers qu'ils sont à l'intérieur de l'enceinte du festival, ils ne consomment donc pas "local" non plus
(1).
Et, cerise sur le gâteau, non contente de ne pas privilégier les entreprises locales, Dord fait verser à la société organisatrice des centaines de milliers d'euros de "subvention" (482.486 euros en 2007 par exemple). Sans le moindre cadre légal, ni la moindre mise en concurrence, soit dit en passant. Des centaines de milliers d'euros dont les entreprises locales doivent bien se demander pourquoi elles n'y ont pas le droit elles aussi.

Le second exemple, ce sont les thermes. Fleuron (ex-fleuron ?) et poids lourd (bis) de l'économie et de l'emploi local. Au delà de sa gestion désastreuse qui a conduit l'établissement dans un gouffre financier (alors qu'en 2001 il était encore rentable), au delà de sa volonté effrénée de privatiser, Dord entend aujourd'hui porter le coup de grâce.
L'Etat veut se débarrasser des Thermes Nationaux. Bien. Mais après avoir renflouer l'établissement, dont les finances seront donc saines lors de sa mise en vente. N'importe quel responsable de collectivité locale sauterait sur l'occasion, presque trop belle pour être vraie : celle de prendre le contrôle, pour un prix "étudié", du plus beau et du plus moderne établissement thermal d'Europe (dixit Dord), aux finances assainies, et dont l'impact et le soutien à l'économie et à l'emploi local est incontestable.
Il suffit pour cela de créer une SEM (société d'économie mixte) est association avec d'autres collectivités (le département de la Savoie, par la voix de son président Hervé Gaymard, s'est d'ailleurs déclaré favorable à cette solution).
Mais non, pour Dord, cette entreprise locale là n'a pas lieu d'être privilégiée. Mieux vaut la vendre à un groupe privé, qui n'aura que faire de l'impact sur l'économie de la ville. Et tant qu'à faire, il faut aussi construire sur le site une résidence hôtelière, histoire de priver ce qui reste d'hébergeurs à Aix les Bains d'une partie de leur clientèle. Cette même résidence que Dord a toujours refusé de construire tant que les thermes étaient publics et rentables.
Deux poids, deux mesures. Ou faites ce que je dis, pas ce que je fais. On vous laisse choisir l'expression la plus appropriée.
(1) Des propos et un point de vue qui reprennent les propos et le point de vue de Laurent Prud'homme, président de l'ADETPA (Association pour le Développement Economique et Touristique des Ports d'Aix les Bains), qui sait a priori de quoi il parle.