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1979-2009. L'Université de Savoie souffle donc cette année ses trente bougies. Un anniversaire qu'il convient sans doute de marquer. Mais faut-il pour autant verser dans la démesure ?
C'est bien connu, le pouvoir rend fou, et fait souvent perdre le sens de la mesure. Quand il n'amène pas ceux qui le détiennent à confondre intérêts publics et privés. Concernant les manifestations prévues pour les 30 ans de l'université de Savoie, on ne voit pas très bien quels intérêts publics elles défendent. Ni quels intérêts privés au demeurant. On voit par contre assez clairement que l'équipe dirigeante semble bel et bien avoir perdu le sens de la mesure.
Au menu des réjouissances, des évènements tout public comme des conférences par « des personnalités internationales reconnues » (sic) en décembre, des séances de dédicace d'ouvrages écrits par des chercheurs de l'université, un jeu-concours dans le Dauphine Libéré (à partir de septembre), et un raid sportif entre Chambéry et Annecy.
Et puis également des évènements internes : un concours photo réservé aux personnels et aux étudiants, une soirée pour le personnel (très certainement au Casino Grand Cercle à Aix les Bains), une soirée de clôture en présence du professeur suisse Jean Ziegler, qui se verra à cette occasion décerner un doctorat honoris causa, et enfin (on garde le meilleur pour la fin), une « sortie montagne de la présidence ».
Comprenez par là qu'en juillet, le président Gilbert Angénieux (l'angénieux ingénieur comme certains le surnomment) emmènera son équipe présidentielle à l'assaut de l'Aiguille du Midi. Un assaut assez tranquille, puisqu'il devrait se dérouler en téléphérique ! Une sortie sur les hauteurs que d'aucuns ne manqueront pas de railler en disant qu'ainsi, l'équipe présidentielle atteint les sommets du ridicule (ou de l'inefficacité, ou encore de la gabegie, c'est au choix).
Tout ceci serait sans doute purement anecdotique, si ces célébrations n'intervenaient pas dans un contexte difficile pour les universités. Celle de Savoie a certes été moins touchée par les mouvements protestataires de ces derniers mois, mais la réalité des problèmes n'en demeure pas moins. Et notamment le manque de moyens financiers, dont les universitaires nous rabâchent régulièrement les oreilles.
Vous comprendrez dès lors que dans ce contexte, les dépenses un rien somptuaires engagées pour fêter ce 30ème anniversaire font grincer quelques dents. Et pour cause, le budget des réjouissances dépasse déjà la centaine de milliers d'euros, alors même que toutes les manifestations ne sont pas encore programmées.
Alors certes, cent milles euros, ce n'est peut-être pas grand-chose à l'échelle de l'université de Savoie. Mais c'est par exemple le prix de quatre laboratoires de langue flambants neufs et ultra modernes. Exemple pas vraiment pris au hasard, puisqu'il se trouve justement que certains labos de langue de l'université sont à bout de souffle et demandent à être refaits, mais que, parait-il « y'a plus d'sous(1) ».
Et c'est là que le bât blesse tout de même un peu (voire beaucoup). Car si l'université de Savoie n'a plus de sous pour fournir à ses étudiants les meilleurs moyens possibles pour étudier, elle en a visiblement pour envoyer son équipe présidentielle tutoyer les sommets (du ridicule, on persiste), ou pour organiser des célébrations au-dessus de ce que ses moyens lui permettent. Ce qui est une double illustration de la tendance fort répandue chez nos dirigeants à vouloir péter plus haut que leurs derrières !
Tous ces dirigeants qui semblent considérer comme légitime de dépenser l'argent public en frais de communication, et autres avantages divers et variés. Le dénominateur commun étant de profiter autant que faire se peut du système pendant qu'on est en poste, tout en s'en servant pour vanter ses « mérites » afin de favoriser sa réélection. Et le pire, c'est que ça marche, et que la plupart des « opposants » ne rêvent que d'une chose : être calife à la place du calife pour pouvoir faire pareil !
Il serait temps que tout ce petit monde retrouve le droit chemin, celui de la défense de la chose publique. Mais à l'évidence, ils sont bien peu nombreux à vouloir s'engager d'eux-mêmes sur ce chemin. Sans doute devrions-nous les aider un peu à grand coup de postéropodie thérapeutique(2) !
(2) Médecine « douce » basée sur la distribution à haute dose de coups de pied au cul !