Les locataires des logements sociaux aixois condamnés. Voila une nouvelle qui devrait faire l'effet d'une bombe. Surtout quand on connait les tensions existantes dans le cadre du chantier de rénovation urbaine des quartiers du Sierroz et de Franklin. Sauf que la condamnation en question n'émane en rien d'une autorité judiciaire, et ne fait référence à aucune action en justice qui aurait pu être engagée.
Non, la seule chose à laquelle les locataires des logements sociaux d'Aix les Bains soient condamnés, c'est précisément à devoir vivre dans des logements locatifs sociaux. C'est en tout cas ce qu'on peut lire, mot pour mot, dans la très brillante publication municipale Aix les Bains - La Lettre n°17 de septembre 2009.

Nous n'inventons rien. Voici ce que les lecteurs peuvent trouver en page 3 : "
Faute de disposer de moyens financiers suffisants pour se lancer dans un achat immobilier, les foyers aux revenus modestes étaient jusqu’à présent condamnés à vivre dans des logements locatifs sociaux".
Quand on connait le soin et l'importance apportés par la municipalité aixoise à sa communication, cette phrase peut difficilement passer pour une simple bourde.
L'emploi du mot "condamnés" pour qualifier les locataires des logements sociaux est proprement choquant. Comme si le fait d'être locataire d'un logement social était une situation honteuse, dégradante, infamante, comparable à une peine. Comme si les habitants de ces logements n'avaient qu'une idée en tête : se "sortir de leur misérable condition" pour accéder à un statut social "plus élevé" que leur conférerait l'accession à la propriété.
A la lecture de cette phrase, on comprend mieux pourquoi quasiment rien n'a été fait en matière de logement social pendant les sept années du premier mandat de Dominique Dord. Et pourquoi la ville qui, parait-il, comptait plus de 20% de logements sociaux en 2005
(1), s'est retrouvé aux alentours de 15% deux années plus tard.
On ne peut bien évidemment pas se substituer à l'ensemble des locataires des logements sociaux de la ville, ni prétendre nous exprimer en leur nom. Mais il nous semble que pour une grande majorité d'entre eux, la préoccupation n'est sûrement pas d'échapper à leur "condamnation" en faisant l'acquisition d'un logement, mais simplement de continuer à habiter leurs logements actuels, pour peu que les propriétaires y réalisent les travaux d'entretien et de rénovation qui leur incombent.
A vrai dire, il est très peu probable que les habitants de ces logements sociaux se perçoivent comme "condamnés" à y vivre. Mais du haut de leurs tours d'ivoire, les communicants de la mairie semblent avoir une toute autre vision de cette "basse piétaille". Une vision presque seigneuriale. Qui a dit que la lutte des classes était morte ?
(1) Dixit Dord lui-même !