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Plus de 2 millions de votants, et un résultat sans appel, avec plus de 90% de « Non ». Un succès pour les organisateurs, une grande manipulation pour l’UMP.
VOUS AVEZ DIT MANIPULATION ?
Où serait donc la manipulation ? A en croire Frédéric Lefebvre, porte-parole du parti présidentiel, la question était biaisée. Il n’a pas hésité à affirmer qu’en appelant les citoyens à répondre à cette question par un vote devant les bureaux de poste, il était évident que tout le monde voterait « Non ». « Même moi, si j’étais allé voter, j’aurais dit non ! » a renchéri le député des Hauts de Seine.
Manipulation ? On ne voit pas vraiment où. Peut-être un désaccord sur la finalité réelle du changement de statut de la Poste. Officiellement, il ne s’agit que de transformer l’établissement public en société anonyme, avec l’Etat comme seul actionnaire, afin de permettre à la Poste d’affronter la concurrence. Donc, pour le gouvernement, pas la moindre privatisation à l’horizon dans ce projet.
Des arguments déjà entendus par le passé à propos d’autres entreprises publiques qui elles non plus ne devaient pas être privatisées et qui aujourd’hui le sont dans les faits.
Plus proches de nous, les Thermes Nationaux sont une excellente illustration de cette privatisation qui ne veut pas dire son nom. Un premier changement de statut en 2003 (transformation en EPIC) pour … permettre à l’établissement d’affronter la concurrence. Tiens c’est marrant, déjà la même formule qu’aujourd’hui pour la Poste ! Et six années plus tard, une transformation de l’EPIC en société anonyme où l’Etat est seul actionnaire. Là aussi, quel étonnant parallèle ! L’avenir des Thermes Nationaux ? On le sait, c’est la privatisation. Pourquoi en irait-il autrement pour la Poste ?
S’il y a manipulation, ce n’est sûrement pas dans la votation citoyenne organisée samedi dernier, mais bien dans le camouflage par le gouvernement d’un projet de privatisation qui saute aux yeux de tout le monde !
VOUS AVEZ ENCORE DIT MANIPULATION ?
A propos de manipulation, peut-être avez-vous remarqué que les irlandais, qui avaient dit non l’année dernière à la ratification du traité de Lisbonne, ont été appelés à voter une nouvelle fois. Et cette fois-ci c’est le oui qui l’a emporté.
Etonnant quand on sait que pas une virgule n’a entre temps été changée dans le texte du traité rejeté l’année dernière par une majorité du peuple irlandais. Question bête : pourquoi ne pas voter une troisième fois, au cas où les irlandais rechangeraient une fois d’avis ? Et pourquoi pas ensuite une quatrième fois tant qu’on y est !
Superbe manipulation organisée au plus haut niveau institutionnel, qui consiste à faire croire au peuple qu’on lui demande son avis, tout en le faisant revoter jusqu’à ce que son vote soit conforme aux attentes des oligarques qui nous dirigent.
ET LA SUITE ?
Pour le gouvernement, la votation citoyenne et sa participation massive ne change rien : l’examen du texte de loi reste inscrit à l’ordre du jour d’une séance de l’assemblée nationale début novembre.
Quant aux membres du comité organisateur de la votation, ils appellent aujourd’hui le gouvernement à organiser un référendum officiel. Référendum qui aurait le double mérite de permettre à chaque camp d’exposer ses arguments, et de fournir un résultat sans appel, puisque venant des citoyens.
Résultat qu’il parait bien difficile de prédire dès à présent. Celui de la votation citoyenne étant bien évidemment « faussé » par une mobilisation bien plus large des opposants à la privatisation.
Et résultat qu’on ne connaitra sûrement jamais, puisque le gouvernement a d’ores et déjà écarté l’éventualité du recours à la procédure référendaire sur la question du statut de la Poste.
Et comme la loi constitutionnelle du 23 juillet 2008, instaurant le référendum d’initiative populaire(1) en France n’est toujours pas en application(2), l’affaire se tranchera donc bel et bien à l’assemblée et au sénat, et nulle par ailleurs. Autant dire que l’affaire est déjà entendue !
(2) On ne peut pas dire que nos dirigeants fassent en la matière montre d’empressement à faire entrer cette loi en application.