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C'est grâce à un article publié sur le blog d'Aix Elan(1) que nous avons appris que le gouvernement envisage de réformer le mode de scrutin des élections municipales. De prime abord, voila une bonne idée. Mais de prime abord seulement, car la réforme envisagée nous laisse sur notre faim.
A la base, l'objectif de la réforme est pourtant louable : faire appliquer la parité hommes/femmes dans les petites communes (moins de 3.500 habitants), comme c'est le cas dans les communes de plus grande taille. Pour mémoire, on rappelle que dans les communes de 3.500 et plus, la parité est obligatoire sur les listes. Une obligation qui, au final, ne présume d'ailleurs en rien de la parité dans les responsabilités des élu(e)s. Aix les Bains en étant un bon exemple, puisque les deux premiers personnages de la municipalité (le maire et son 1er adjoint) sont tous deux des hommes.
Dans les communes de 3.500 habitants, l'actuel mode de scrutin impose également la parité sur les listes, mais autorise également les électeurs à les panacher, à rayer des noms ou encore à en ajouter. De plus le décompte des voix se fait non pas par liste, mais par candidat. La parité n'est donc pas forcément respectée et, à l'extrême, on peut même envisager un conseil municipal entièrement masculin(2).
L'objectif du respect de la parité est donc a priori une bonne chose. La façon de l'atteindre est elle nettement plus discutable. Car, pour le gouvernement, tout comme pour le comité Balladur(3), la « bonne » méthode consiste à transposer aux communes de 1.000 à 3.499 habitants l'actuel mode de scrutin des communes de 3.500 habitants et plus.
Ce même mode de scrutin qui conduit à nier le droit à représentation d'une bonne partie des électeurs, quand ce n'est pas de la majorité des électeurs. Rappelons que le mode de scrutin en vigueur attribue la moitié des sièges à la liste ayant obtenu le plus grand nombre de voix, et répartit la moitié restante à la proportionnelle entre toutes les listes(4).
Un mode de scrutin totalement injuste, et qui conduit a des aberrations flagrantes, comme par exemple à Rumilly ou la liste arrivée en tête au second tour, avec 41% des voix, obtient 72% des sièges, quand les deux autres listes en présence, qui cumulent à elles deux 59% des voix, n'obtiennent que 28% des sièges.
L'anomalie est d'ailleurs tout aussi marquée à Aix les Bains, où avec 62% des voix, la liste Dord obtient 83% des sièges. Et ce n'est pas mieux à Chambéry. Mais comment pourrait-il en être autrement, avec un mode de scrutin qui attribue à la voix d'un électeur ayant voté pour la liste vainqueur un poids nettement supérieur à celui d'une voix d'un électeur ayant voté pour une autre liste ? Où est donc l'égalité dans ce mode de scrutin ? Une égalité pourtant inscrite aux frontons de nos édifices publiques ...
Le comité Balladur préconise néanmoins l'application de ce mode de scrutin aux petites communes, estimant qu'il permet « d'élargir le champ de la démocratie locale en étendant celui du suffrage direct et de la parité ». Pour la parité, on veut bien, mais pour le suffrage direct, c'est nettement plus discutable. Et même totalement faux. Aujourd'hui les électeurs des petites communes peuvent voter directement pour tel ou tel candidat, et donc y compris pour des candidats de plusieurs listes. Difficile de faire plus direct. En appliquant le même mode de scrutin de liste que pour les communes de plus grande taille, on retire clairement le côté direct du vote.
Pour notre part, on est néanmoins favorable à l'application du scrutin de liste, car il permet en effet d'appliquer la parité. Mais à condition de réformer en même temps ce mode de scrutin, pour toutes les communes où il s'appliquerait, pour avoir enfin une vraie représentation proportionnelle. Cela fonctionne très bien dans d'autres pays, alors pourquoi pas chez nous ?
| Dans les communes de moins de 3 500 habitants Les voix sont décomptées par candidat, et non par liste. Pour être élu, un candidat doit obtenir : Pour être élu, un candidat doit obtenir :
| Dans les communes de 3 500 habitants et plus Les voix sont donc décomptées par liste et non par candidat : - Un second tour est organisé si aucune liste n'a recueilli la majorité des suffrages exprimés au premier tour : seules peuvent s'y présenter les listes ayant obtenu au moins 10 % du total des suffrages exprimés au premier tour (art. L.264). La moitié du nombre de sièges à pourvoir est attribué à la liste qui a obtenu le plus de voix. En cas d'égalité de suffrages la moitié des sièges est attribuée à la liste dont la moyenne d'âge des candidats est la plus élevée. Les sièges restants sont répartis entre toutes les listes ayant obtenu au moins 5 % des suffrages exprimés à la représentation proportionnelle suivant la règle de la plus forte moyenne (art. L.262). |