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Le projet de création d'un nouveau « pôle santé » sur le territoire de la commune de Drumettaz-Clarafond est-il oui ou non d'utilité publique ? Oui, sans le moindre doute, répondent les élus de la CALB, et notamment son président, Dominique Dord. Encore faudrait-il savoir ce que recouvre le vocable de « pôle santé ».
A l'origine, le projet de ce « pôle santé » était celui d'un groupe privé (la Générale de Santé), qui entendait regrouper sur le site de Savoie Hexapole deux de ses cliniques, dont la clinique Herbert à Aix les Bains. Ce projet avait obtenu le feu vert de l'ARH (Agence Régionale de l'Hospitalisation), mais il s'est retrouvé gelé, officiellement pour des raisons financières (la crise étant passée par là).
Mais bien avant ce gel forcé, le projet en question s'était déjà heurté à d'autres difficultés, et notamment à une opposition de la part des défenseurs d'un service public de la santé. Des défenseurs qui dénonçaient avec force et raison le fait qu'un projet privé, porté par une société largement bénéficiaire, puisse être en partie financé par de l'argent public. Car c'est bien ce qu'entendaient faire les décideurs politiques locaux, avec au premier rang le député-maire aixois, également président du conseil d'administration du centre hospitalier de la ville.
Le devenir du centre hospitalier aixois étant par ailleurs un autre sujet d'inquiétude de la part des opposants au projet du « pôle santé ».
Des opposants qui, pour autant, ont toujours clairement dit qu'ils n'étaient pas contre le principe d'un « pôle santé », mais bel et bien contre le financement d'une structure privée par de l'argent public, mais aussi contre le démantèlement de l'hôpital public aixois. Une position qui a donné lieu à quelques passes d'armes avec Dominique Dord, lequel, lors de l'annonce du gel du projet par la Générale de Santé, n'a pas manqué de fustigé ces opposants, les sommant de « prendre toutes leurs responsabilités ».
De notre côté, on a plutôt le sentiment que justement, les opposants en question ont bel et bien pris leurs responsabilités, en dénonçant une forme de détournement de l'argent public au profit d'intérêts privés.
Alors, qu'il soit nécessaire, et même d'utilité publique, de redéfinir les structures du système de santé du bassin aixois, on veut bien ! Certains arguments en faveur de cette redéfinition sont a priori pertinents. A commencer par la prise en compte de la croissance démographique, mais aussi du vieillissement de la population.
Mais d'autres apparaissent comme nettement plus discutables. Le dossier d'enquête de la CALB avance par exemple comme argument le fait que « les bâtiments de la clinique Herbert sont devenus exigus et ne présentent pas de possibilité d'extension ». Une difficulté qu'on ne discute pas, mais pour autant, ce n'est pas à la collectivité publique de financer la construction de nouveaux locaux pour cette clinique privée.
Autre argument avancé par la CALB(1), « le centre hospitalier aixois ne réalise aujourd'hui que de petits actes chirurgicaux, limités dans le cadre de ses activités gynécologiques et obstétriques ». Là encore, c'est vrai. Et pour cause ! Tout le reste de l'activité chirurgicale a été transféré à Chambéry, par volonté politique, au prétexte que le bassin de population aixois ne permettait pas un niveau d'activité suffisant pour justifier le maintien d'un service chirurgical complet.
Et donc maintenant la collectivité devrait financer de ses deniers un pôle de santé privé, afin de lui permettre de reprendre l'activité chirurgicale dont on a volontairement amputé l'hôpital aixois il y a peu ? Là, ça devient ubuesque. Surtout quand la CALB(1) ajoute « déplorer que 16% des patients du bassin préfèrent être pris en charge dans des établissements hors du département ». Ah ça c'est sûr qu'à force de faire des coupes franches dans les services, on incite les patients à aller se faire soigner ailleurs.
Vous l'aurez compris, on est assez d'accord sur le fait qu'il faille repenser le système de santé du bassin aixois. Cela passe peut-être (sans doute ?) par la création ex nihilo d'un nouvel établissement (ou d'un pôle santé). C'est d'ailleurs la solution qu'a retenu Rumilly. Solution qui se défend car, bien souvent, rénover et agrandir des bâtiments existants comme l'hôpital aixois s'avère bien trop compliqué et bien plus coûteux.
Mais là où on n'est absolument pas d'accord, c'est sur la nature de ce nouvel établissement, ou de ce nouveau pôle santé. Il doit rester à prédominance publique, même si en parallèle il peut aussi jouer sur certains aspects la complémentarité avec le privé. Et, dans tous les cas de figure, l'argent public ne doit en aucun cas financer à fonds perdus les bénéfices d'un groupe privé.
Quant aux arguments invoqués pour justifier le choix de Drumettaz-Clarafond comme lieu de réalisation de ce futur pôle santé, ils nous laissent songeurs. En quoi la présence d'un échangeur autoroutier à moins de 2 km et un accès direct à la D991 sont-ils des points favorables ? Ce pôle santé est-il appelé à exercer une médecine expéditive, nécessitant la proximité de voies de communication routière afin de se débarrasser plus rapidement des patients ?