L'actualité locale d'Aix les Bains telle que vous ne la verrez nulle part ailleurs, ou presque. Un complément indispensable à la presse papier traditionnelle et aux organes de propagande de la mairie.
Mon Cher Député-Maire,
J'espère que vous me pardonnerez cette formule un peu cavalière, peu conforme aux usages en vigueur. Mais dans le fond, puisque vous aspirez à être le maire de tous les aixois, vous êtes aussi un peu le mien, même si je n'ai jamais voté pour vous.
Mais brisons là ce bavardage stérile, et venons-en au sujet qui m'amène à vous écrire.
Vous n'ignorez pas en effet que le bassin aixois vient de vivre un évènement de la plus haute importance. Je ne veux parler ni de la déculottée électorale conjointe du PS et du MODEM aux élections européennes du 7 juin, ni du renversement de tendance opéré par l'UMP lors de ces mêmes élections, ni de l'émergence très nette d'Europe Ecologie, dont la liste s'est même permis l'affront de devancer celle de l'UMP dans certaines communes.
Non, je veux parler de la venue sur le site de Savoie Technolac de mon Président à moi, Nicolas Sarkozy. « Mon Président à moi », c'est un peu comme « Mon Cher Député-Maire », ce n'est pas très conforme aux usages en vigueur. Mais il en va pour lui comme pour vous : je ne lui ai pas non plus donné ma voix. Alors au diable les usages.
Bref, mon Président à moi était donc de visite sur les rives du lac du Bourget, et plus précisément à l'INES (Institut National de l'Energie Solaire). Un petit avant goût de vacances estivales. Comme l'a joliment écrit le Dauphiné Libéré, Nicolas Sarkozy était venu faire un peu de surf ... sur la vague verte.
Le hasard de mes activités professionnelles a fait que j'étais moi aussi présente, bien sagement assise dans les rangs du fond à l'occasion de la table ronde organisée autour de la personne de Nicolas Sarkozy des mesures sur le solaire en France. Je pense que ma présence fut un peu moins remarquée que la sienne. Mais je n'en prends par ombrage pour autant.
Pour tout vous dire, j'étais là un peu contrainte et forcée. Obligation professionnelle en quelque sorte. Je n'attendais pas grand-chose de la part de l'inventeur du Grenelle de l'environnement (sic), qui n'a surtout pas oublié d'inventer la communication qui va avec, laquelle est encore à ce jour à peu près la seule chose concrète et visible sorti de cette grande partie de dupes.
C'est donc un peu à reculons que je me suis rendu à cette table ronde, mais tout de même un peu ragaillardie à l'idée de pouvoir vous y rencontrer. Je ne m'imaginais pas en effet que vous ne puissiez pas être de la partie. Vous l'influent député UMP de Savoie. Vous l'ami de mon Président à moi (voir photo 1). Vous l'ami de longue date de Jean-Louis Boorlo, notre grand chef du super ministère de l'Arnaque Ecologique de l'Energie, du Développement Durable et de l'Aménagement du Territoire (voir photo 2).
Photo 1 - Mon Président à moi et mon Cher Député-Maire réunis, presque trop de bonheur sur une seule photo ! | Photo 2 - Mon Cher Député-Maire avec Bob l'Eponge, des complices de plus 30 ans ! |
Hélas. Pas plus de Dominique Dord à cette réunion que d'œil gauche sous le front national ! Pourtant il y avait bien là, habilement placés aux premiers rangs, quelques élus UMP expérimentés, chargés d'encadrer quelques jeunes et sémillants militants, invités pour faire la claque à leur idole.
Mais vous, Mon Cher Député-Maire, vous n'étiez pas là. J'en ai été fort désappointée. Car avouez que le débat eu sans nul doute été d'une autre teneur, s'il avait été alimenté par des échanges sur les énergies renouvelables entre notre meilleur VRP national (Vrai Roublard Présidentiel) du nucléaire, et le champion local de la spécialité que vous êtes (la spécialité à laquelle je fais allusion étant bien évidemment les énergies renouvelables, et non la roublardise !).
Ce que je ne comprends pas, c'est que vous étiez pourtant là au début de la visite présidentielle, comme en témoigne les photos parues dans la presse locale. Quelle mouche vous a donc piqué de disparaitre ainsi par la suite ?
Non, décidément, je ne m'explique pas votre absence. Auriez-vous eu peur qu'en raison de votre physique longiligne, quelques quadragénaires bedonnants jaloux, vaguement anarco-gaucho-écologistes, prennent pour idée de vous épingler au mur du bâtiment de l'INES afin d'y servir d'aiguille à un cadran solaire novateur ? Je conçois que l'idée ait pu vous effrayer. C'eut été douloureux pour vous. Mais ça aurait eu de la gueule ! Sans doute aurions-nous pu commercialiser le concept sous la marque DORDLEX.
Et puis, pour une fois, vous auriez été concrètement impliqué dans une action concernant le solaire !
Dans le fond, c'est peut-être ça qui vous a fait reculer : l'absence totale de réalisation à mettre à votre actif. Et la peur de faire bien pâle figure face à vos confrères de Chambéry ou Montmélian, ces villes qui ont quelques années-lumière d'avance sur Aix les Bains.
Mais comment auriez-vous pu faire pâle figure en présence de mon Président à moi, plus rayonnant que jamais, à tel point qu'il en éclipsait le Roi Soleil lui-même ?
C'est donc pleine de regrets que j'ai quitté la salle à l'issue de la table ronde. Des regrets de ne pas vous y avoir vu, Mon Cher Député-Maire. Des regrets d'avoir perdu une heure de mon temps dans une opération de communication à la noix, entièrement dédiée à la gloriole de mon Président à moi. Lequel a au moins un caractère écologiste incontestable : celui d'être passé maître dans l'art de la récupération et du recyclage.
Mais quel grand (façon de parler bien sûr) écologiste que voila : mon Président à moi, grand promoteur du nucléaire, qu'il a déjà tenté de faire inscrire au chapitre des énergies renouvelables (si si !), et qu'il va peut-être réussir à « décarboner ». Du grand art ... dramatique !
Peut-être que si on stockait les déchets nucléaires à l'Elysée ou sur le yacht de son ami Bolloré, sa vision des choses changerait un peu ...
En attendant, n'eut été sa taille, et la votre, que j'eusse dit que vous ne lui arrivez point à la cheville.
Sur ces considérations, croyez, Mon Cher Député-Maire, à ce que vous voulez, mais pas à l'expression de ma considération distinguée. Non que je ne vous considère point, ni que je sois incapable de distinction. Je trouve simplement la formule parfaitement ridicule.
Bien à vous.
Edith.