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Imaginons un instant. Vous souhaitez construire votre maison. Vous commencez donc par (dans l'ordre) ...
1/ bâtir la maison
2/ puis aménager le terrain et réaliser les adductions d'eau, d'électricité, de gaz
3/ et enfin vous terminez par la demande de certificat d'urbanisme et de permis de construire
Logique ? Non, bien évidemment, tout est fait à l'envers. Et avec une telle organisation, il y a peu de chance que votre projet aille au bout.
Et bien c'est pourtant cette « logique » là qui a été employée dans le projet de commercialisation de l'eau de Mémard par le SEAB.
Dans ce dossier, « on » a commencé par réaliser les aménagements nécessaires à cette nouvelle production dans l'usine d'embouteillage de la SEAB. Puis « on » a réalisé les travaux d'adduction de l'eau depuis le puits de Mémard jusqu'à Grésy. Et enfin, « on » s'occupe de pouvoir obtenir les agréments publics pour l'exploitation commerciale de cette eau.
Ce dernier point passe entre autres par une enquête « d'utilité publique » concernant la réalisation d'un périmètre de protection autour de la zone de captage dans le secteur de Mémard. Laquelle enquête a été close le 24 avril dernier. Un périmètre de protection réclamé à cors et à cris depuis des années par des associations locales (et notamment l'ACCLAME si on ne se trompe), mais que jusqu'à lors aucune autorité n'avait trouvé utile de réaliser. L'eau potable captée à Mémard alimente pourtant les foyers aixois : il était donc, et il est toujours d'ailleurs, d'utilité publique de la protéger. Une « évidence » qui visiblement échappait tant aux services de la Préfecture qu'à nos services municipaux. Et qui échappait aussi aux responsables politiques locaux.
Et voila donc que très brutalement, cette évidence leur saute désormais aux yeux ? Non, bien sûr. L'utilité publique, la vraie, celle de protéger une nappe phréatique qui alimente la population aixoise, n'est pas en jeu ici. Ce qui est en jeu, c'est « l'utilité publique » de permettre à des sociétés privées de vendre comme « eau de source » une eau qui n'est ni plus ni moins que l'eau que les aixois trouvent à leurs robinets. De la vendre et d'en tirer de substantiels bénéfices.
Une « utilité publique » qui, accessoirement (si on peut dire), va se traduire par la production annuelle d'un milliers de tonnes de déchets(1), sans parler de la pollution ni de la consommation énergétique induites par le transport de l'eau jusqu'aux points de vente.
Pour en revenir à la « logique » qui a prévalu dans ce dossier, elle suscite pour le moins quelques interrogations. Sur la compétence de ceux qui ont monté le dossier en question tout d'abord. Ont-ils agi ainsi par incompétence, ou par une volonté délibérée ?
On penche plutôt pour la seconde hypothèse. Car commencer par réaliser les travaux, avant d'avoir la certitude de pouvoir réunir toutes les conditions requises pour la commercialisation, c'est une façon de forcer la main aux autorités. Notamment pour accorder la DUP (déclaration d'utilité publique) sans rechigner(2). Et c'est aussi une excellente façon de couper l'herbe sous le pied aux éventuels opposants aux projets. Lesquels se retrouveraient immédiatement désignés à la vindicte populaire comme responsables d'un gaspillage de l'argent public, puisqu'en cas de refus de la DUP, les investissements réalisés seraient perdus. Curieux retournement de situation puisque, bien évidemment, dans une telle situation, les seuls responsables seraient ceux qui ont conduit le projet à l'envers.
(2) Et vu la façon dont le dossier a été saucissonné en x petits morceaux, histoire d'empêcher tout visibilité globale, on voit bien que les autorités en question n'avaient pas trop besoin de se faire forcer la main.